Où sont mes fichiers de travail ?

Retour d’expérience anonymisé sur un incident de disponibilité des données provoqué par une erreur de manipulation.

Jeudi midi.

Le téléphone sonne. Dans la voix l’inquiétude est déjà perceptible.

« Ju, je crois que nous avons un problème. Plusieurs dossiers ont disparu. »

Quelques minutes auparavant, une collaboratrice avait simplement entrepris de réorganiser l’arborescence documentaire de l’entreprise. Rien d’exceptionnel. Une opération réalisée des dizaines de fois auparavant. Quelques dossiers déplacés, un clic de trop, puis la volonté de corriger immédiatement l’erreur.

En reconnectant son poste, le logiciel de synchronisation a fait exactement ce pour quoi il avait été conçu : il a reproduit ces modifications sur l’ensemble des espaces de travail.

En moins d’un quart d’heure, plusieurs années de documents semblaient avoir disparu.

Contrairement à ce que l’on imagine, la première réaction n’a pas été la panique. Elle a été l’incompréhension. Les collaborateurs se sont demandé si les fichiers étaient réellement supprimés, si quelqu’un les voyait encore sur son ordinateur, s’il fallait redémarrer les postes ou, au contraire, les éteindre immédiatement.

Chacun essayait d’aider. Chacun prenait des initiatives. Sans le savoir, certaines d’entre elles compliquaient encore la situation.

C’est à ce moment-là que l’on découvre que le véritable problème n’est pas la disparition des fichiers.

Le véritable problème est que personne ne sait précisément ce qui est en train de se produire.

Une entreprise peut investir dans des outils collaboratifs tels que Microsoft 365, Google Workspace ou Nextcloud, disposer d’antivirus performants, de sauvegardes quotidiennes et d’une connexion Internet redondée.

Pourtant, si elle ne sait pas répondre à une question aussi simple que « Qui décide et que dois-je faire pendant les dix premières minutes d’un incident ? », elle reste extrêmement vulnérable.

Nous parlons souvent de cybersécurité comme si elle consistait uniquement à empêcher les attaques. Dans la réalité, une partie des interruptions d’activité trouve son origine dans des événements beaucoup plus ordinaires : un dossier déplacé, une synchronisation mal comprise, un ordinateur reconnecté au mauvais moment ou une suppression effectuée avec les meilleures intentions du monde.

Les outils ne sont pas en cause. Ils exécutent fidèlement ce qu’on leur demande. Ce sont les organisations et leurs dirigeants qui supposent que tout se passera toujours comme prévu.

Dans cette intervention, notre premier réflexe n’a pas été de restaurer une sauvegarde. Avant toute chose, il fallait comprendre la chronologie exacte des événements.

Qu’avait réellement fait l’utilisatrice ? Jusqu’où la synchronisation s’était-elle propagée ? Quels postes risquaient encore de modifier l’état des données ?

Cette phase d’analyse a permis de restaurer les informations sans recréer de nouvelles incohérences et, surtout, de comprendre pourquoi une simple erreur de manipulation avait suffi à interrompre le fonctionnement de toute une entreprise.

Quelques heures et quelques gouttes de sueur plus tard, une fois les données retrouvées, la question n’était plus technique.

Elle était organisationnelle.

Comment éviter qu’une erreur humaine, inévitable tôt ou tard, puisse immobiliser l’activité ? Comment faire en sorte que chacun sache quoi faire, et surtout quoi ne pas faire, lorsqu’un incident survient ? Comment vérifier que les sauvegardes sont réellement exploitables avant d’en avoir besoin ?

Ce sont des questions que l’on repousse facilement lorsqu’aucun problème ne survient. Jusqu’au jour où elles deviennent urgentes.

Je propose souvent aux dirigeants un exercice très simple. Imaginez que demain, l’ensemble de vos dossiers partagés disparaisse. Non pas à cause d’un pirate, mais à la suite d’une erreur parfaitement banale.

Combien de temps vous faudrait-il pour reprendre votre activité ? Qui prendrait les décisions ? Et seriez-vous capable de retrouver vos données avec certitude ?

Les réponses importent finalement davantage que les outils eux-mêmes.